David sema l'Ombre et gagna l'autoroute, traversa un village puis s'enfonça dans les bois et gagna la maison où les treize devaient se retrouver. Pendant ce temps, on relatait à la radio de nouveaux assassinats.
"Personne ne comprend ce qui s'est réellement passé. Après la découverte des corps de trois prêtres il y a moins d'une heure, la ville sombre dans la panique. Il n'y a aucun lien entre les victimes, ce qui laisse penser qu'il frappe au hasard. Le dangereux tueur en série est dans la nature et frappe peut-être au moment où je vous parle. N'oubliez pas que la prochaine victime peut être n'importe qui...peut-être même vous. Restez chez vous et..."
David éteignit la radio et gara sa voiture sous un grand saule pleureur, à l'abri des regards. Marie lui ouvrit.
- Entre vite, lui dit-elle.
David prit place devant une épaisse table de chêne.
Elene astiquait les lames de ses ciseaux. Eric était concentré sur son ordinateur portable.
- L'Ombre a failli m'avoir.
- J'étais certain que tu t'en tirerais, dit McMorney.
- Eric, je n'ai plus de sang.
Eric lui procura un petit flacon puis reporta son regard sur l'écran. A trente-cinq ans, il demeurait le plus âgé des treize. Il était assez petit, du moins par rapport au mètre quatre-vingt-dix de David, et plutôt bien fait.
David, lui, était aussi jeune que Marie, Elene et les autres, qui avaient tous entre vingt et vingt-cinq ans. David Caden était donc grand, avec des cheveux blonds teints en noir tout à fait remaquables et de tout aussi remarquables yeux d'une couleur indéfinissable.
- Il y a encore eu des morts, dit-il. Nous pensions pouvoir l'affronter, dit David. Et face à elle, nous ne pouvons que fuir.
- Oui, approuva Elene en reposant ses ciseaux en argent. J'ai parlé trop vite. Il ne nous sera pas possible de l'affronter.
L'Ombre fondit sur sa proie. Elle se mit à courir, courir, mais l'Ombre volait à une vitesse épouvantablement élevée. Elle hurla. L'Ombre se jeta sur elle et lui perfora la gorge.
Douze s'étaient retrouvés dans la maison au fond des bois. Sofia Chan manquait à l'appel.
- Nous ne pouvons pas sortir, trancha Elene. Elle finir par venir...
L'Ombre, repue, se fondit parmi les branchages et s'endormit. Le ciel s'assombrit.
La nuit tomba...
Elene fut tourmentée par d'affreux cauchemars... et se réveilla en hurlant. Des chauves-souris battaient contre sa fenêtre. Elle avait hérité de la maison trois ans auparavant, à la mort de ses parents. La maison lui faisait encore un peu peur. Immense et vieille, elle menaçait d'engloutir son contenu à chaque pas posé sur un plancher ou un escalier.
- Je t'ai entendue crier.
- C'était un rêve.
- Je sais, répondit Marie Mayhew en s'asseyant sur le rebord de son lit. Toujours le même ?
- Tu pourrais me laisser un peu seule, s'il te plaît ? Je n'ai pas envie de t'en parler.
- Excuse-moi. Je te fais quand même un bisou si tu l'acceptes.
- Mais oui.
L'Ombre avait mis fin à l'une des lignées de vampires.
"C'est incroyable. Il y a deux jours, tout allait pour le mieux. J'étais sur le point d'inventer un produit miracle censé tuer l'Ombre. Et je me suis rendu compte qu'il me manquait un ingrédient essentiel. Alors, à la place, j'ai mis au point une nouvelle recette de sang artificiel. Je ne l'ai pas encore essayée. Il faudra que je la teste. Je me demande si j'ai mis assez de globules rouges."
Eric rédigeait son journal intime sur son ordinateur.
"Tout à l'heure, Marie m'a demandé pourquoi je ne dors pas la nuit. La vérité, c'est que je n'ai jamais sommeil. Je bois du sang spécial qui me tient éveillé jour et nuit. J'imagine nos ancêtres, qui ne dormaient qu'au lever du soleil. Contrairement aux vieilles histoires, ils ne dormaient pas dans des cercueils. Quelle idée ! L'ail ne leur était pas non plus nuisible. En fait, je crois que vampires et humains se ressemblent beaucoup. Je me considère moi-même comme humain. Il ne faut pas non plus oublier que j'ai un bac +8 et c'est un diplôme bien humain !
Bref, maintenant, l'Ombre s'est réveillée. Je ne pensais pas vivre assez longtemps pour assister à cet évènement. En fait, je me suis planté dans mes calculs. J'avais prévu le retour de l'Ombre pour 2500... Je me suis gouré d'un demi-siècle...
Je vais écouter la radio sur le web. Si Sofia est morte, peut-être en parlera-t-on..."
John Chan ne trouvait pas le sommeil. Il pensait trop à Sofia, sa cousine, qui ne s'était pas montrée. Leurs deux familles s'étaient unies, d'où le même nom mais deux ancêtres différents parmi les treize premiers vampires.
John était chinois et fier de l'être, et il ressemblait beaucoup à John Lennon. Il possédait donc un physique agréable et de longs cheveux noirs plutôt splendides qui lui cachaient les yeux. Lorsqu'il pleurait, il avait la chevelure toute trempée; aussi il évitait de pleurer trop souvent. Mais ce soir, il ne put se retenir.
L'Ombre glissa le long de l'arbre et se promena dans la ville, interrompant sa balade de temps à autre pour se faufiler dans une maison, par une fenêtre.
- Si l'ombre passe treize jours sans bouffer l'un de nous, il y a des chances pour qu'elle commence à agoniser.
- Génial, fit Marie.
Eric ferma son ordinateur et ajouta :
- Et Elene ?
- Un cauchemar... rien de grave. Tu as appelé Sofia ?
- Oui. Toutes les dix minutes. Je crois... qu'il va falloir compter les treize jours à partir de maintenant. On vient d'annoncer de nouvelles victimes à la radio... Il y avait la description de Sofia.
L'Ombre cherchait les autres. Elle ne pensait pas vraiment, mais son esprit primitif se demandait où pouvaient bien se cacher les douze autres repas.
Vingt kilomètres plus loin, deux vampires appelés Barbara Pitt et Aiden Albrey préparaient le petit déjeuner. Seule Laine Sheep dormait encore profondément en cette heure matinale.
- C'est exaspérant de voir qu'il y a des gens capables de dormir autant ! s'énerva Elene.
Enfin, Laine se réveilla et s'installa à table avec les autres qui entamaient des omelettes légèrement brûlées. John Chan n'avait pas quitté sa chambre. Tous avaient à présent à l'esprit la mort de l'une des leurs, Sofia. Les vampires avaient commencé à disparaître.
- Nous sommes enfermés ici pour treize jours, annonça Eric. Il va falloir faire preuve de patience.
- Merde !!!!! hurla David Amsterdam, à bout de nerfs.
- Calme-toi, fit son homonyme David Caden.
- C'est clair que treize jours sans mettre le nez dehors, ce sera pas la fête, remarqua Louis Bridge.
- J'ai des réserves de sang, fit Eric. Si on se rationne, ça suffira.